La culture ancestrale guatémaltèque — dans un pays où plus de 65 % de la population est composée d’Amérindiens descendant directement des Mayas — compte parmi les rares cultures traditionnelles à faire exception à la règle du monde extérieur. Et ce sont d’adorables petites poupées qui nous l’apprennent...

Les poupées-tracas, puisque c’est d’elles dont il s’agit, se présentent sous forme de lots de cinq à dix (très) petites poupées de chiffon, montées sur de fines tiges en bois ; chaque ensemble disposant d’une ravissante petite housse polychrome destinée à abriter la famille nombreuse.
Au moment du coucher, les enfants élevés dans cette tradition sont invités à glisser leurs poupées sous l’oreiller — ou ce qui en tient lieu —, après avoir pris soin de leur confier l’ensemble de leurs tracas — à raison d’un tracas par poupée —, afin de s’en débarrasser. Aussi bien les préoccupations héritées des difficultés de la journée (échecs, frustrations, reproches, remords, regrets, honte, douleurs physiques, etc.) que celles nées de l’appréhension du lendemain (inquiétude, peur de ne pas y arriver, stress, sentiment d’impuissance, etc.).
Privés de leur principal terreau, les mauvais rêves perdent alors tout pouvoir de nuisance.
Le paradigme sous-jacent relève donc clairement, ici, du monde intérieur. On présuppose, comme dans nos sociétés modernes, que les idéations morphéiques dysphoriques trouvent leur origine dans des causes internes au dormeur.
Le but thérapeutique des poupées consiste, dès lors, très logiquement, à aider l’enfant à expulser ces causes.
En outre, en encourageant l’enfant à externaliser la source dépressogène (préoccupations tournées vers ce qui s’est passé) et/ou anxiogène (préoccupations tournées vers ce qui va se passer) de ses mauvais rêves, les poupées l’aident à s’en dissocier : lui et ses mauvais rêves deviennent deux réalités distinctes. Il s’agit donc, une fois encore, d’une thérapie fondée sur l’externalisation du problème.