Chronique de janvier 2023 Un monde plus vrai et plus profond (Muse ou pas muse ?, partie 1)

Pour les Romantiques du XIXe siècle, le rêve n’est plus un outil de connaissance et de compréhension de soi, mais bien un véhicule permettant de faire l’expérience d’un monde plus vrai et plus profond que celui de la veille.


Un dispositif mental octroyant — ainsi que le feront les drogues psychédéliques des années 1960 — la faculté d’« ouvrir les portes de la perception », pour reprendre l’expression chère au poète pré-romantique William Blake. Expression reprise au XXe siècle par Aldous Huxley (père spirituel du New Age), puis par le groupe rock psychédélique The Doors (« Les Portes », donc). Ce glissement sémantique transparait de manière exemplative dans les œuvres, nimbées de mystère et d’étrangeté, des peintres symbolistes (Gustave Moreau et Odilon Redon, pour l’avant-poste français ; Léon Spilliaert et James Ensor, pour le fer de lance belge), lesquels font leur apparition dans le dernier quart du XIXe siècle, et s’imposent jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Dans le même élan, une ancienne croyance reprend du poil de la bête : le rêve comme source d’inspiration.

Naguère, dans le modèle platonicien de la vacance de l’âme, l’inspiration surgissait dans les moments de dépossession de soi… aux premiers rangs desquels figuraient le sommeil, et ses rêves. Cette croyance avait fait florès tout au long de l’Antiquité, et s’était déjà offert un premier come-back à la Renaissance. Son champion d’alors s’était incarné en la personne de François Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, dit « le prince rêveur ». Selon ce féru d’alchimie, le rêve était un formidable espace de liberté et de créativité. Pour son mariage avec Jeanne d’Autriche, le 2 février 1566, il donna une fête nocturne mémorable consacrée au monde onirique : La Mascarade ou Le Triomphe des rêves, immortalisée, en 1571, par Giovan Battista Naldini, dans un tableau intitulé Allégorie des rêves (exposé au Palazzo Vecchio, à Florence).

Le XIXe siècle, non content de redonner vie à cette belle idée du rêve comme source d’inspiration, fait également revivre celle, tout aussi antique, du sommeil — et plus encore du rêve — comme source d’incubation


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