Dans notre monde à nous, (hyper)moderne, c’est donc la pensée magique qui fait fonctionner le capteur de rêves. Ce dernier prend valeur de porte-bonheur. Il devient équivalent à un gri-gri, qui, comme tout objet contra-phobique, tire son pouvoir de la pensée magique de son propriétaire.

Et puisque ledit gri-gri présuppose, dans son narratif, l’origine externe des rêves, il encourage le dormeur à se dissocier de son « mauvais rêve », de sa « parasomnie » comme on dit en somnologie (son rêve d’angoisse, son cauchemar, sa terreur nocturne, son hallucination hypnagogique, etc.) ; à se dés-identifier du trouble dont il souffre (je ne suis pas ma parasomnie) ; bref, à externaliser le problème. Ou, plus exactement, dans ce cas-ci, à le maintenir à l’extérieur.
L’« externalisation du problème » (le problème est vu comme extérieur à la personne) est une intervention psychothérapeutique fréquemment utilisée dans le champ des thérapies familiales, ainsi que dans celui des thérapies brèves. Elle constitue, par ailleurs, l’intervention principale de la thérapie narrative, formalisée par Michael White et David Epston.
Enfin, on veillera à pousser les enfants à fabriquer leurs propres capteurs¹ ! Ce afin qu’ils puissent se sentir protégés non pas par la magie d’autrui (l’artisan), mais bien par la leur. Ce seront leurs compétences, leurs ressources qui triompheront, finalement, des effroyables idéations nocturnes. Leur sentiment de dignité s’en trouvera renforcé… ce qui est le but ultime de toute entreprise psychothérapeutique.
¹Le matériel requis est des plus simples à trouver : une branche d’arbre fraîchement coupée — pour qu’elle soit bien tendre (noisetier, saule, tremble, etc.) —, une corde de 15 cm (pour nouer ensemble les deux extrémités de la branche, et former ainsi le cerceau), du fil à coudre très résistant, un rouleau de ruban, quelques plumes, quelques perles de couleur… et une bonne paire de ciseaux. Le dispositif sera à placer entre la tête du lit et la fenêtre la plus proche.