Chronique d’avril 2022 Salomon et Daniel (Le rêve biblique, partie 4)

Bien plus loin dans le texte (Premier Livre des Rois, Prophètes ["Nevi’im" en hébreu, deuxième section de la Bible hébraïque], ainsi que Livre des Chroniques, à la fin des Écrits ["Ketouvim" en hébreu, troisième et dernière section de la Bible hébraïque]), Salomon — quatrième roi d’Israël (après Saül, Ish-boshet [souvent oublié] et David, dont il est le fils), fondateur du Premier Temple de Jérusalem, petit ami de la reine de Saba et auteur présumé du Cantique des Cantiques — devra sa légendaire sagesse à… un rêve.


Une nuit, un ange lui apparait en songe et lui annonce que Dieu est prêt à lui accorder ce qu’il souhaite. Avec grandeur, Salomon ne demande qu’« un cœur plein de jugement pour discerner entre le bien et le mal » (Chroniques, 1/7.12). Ce discernement s’illustrera notamment dans un épisode que la postérité retiendra sous le nom de Jugement de Salomon (Rois, 3/16.28). Il y est question du roi qui parvint à découvrir qui, des deux prostituées qui se disputaient le même nouveau-né (l’une d’elles ayant accouché d’un mort-né), était la véritable mère. « Partagez l’enfant en deux à l’aide de cette épée, et donnez une moitié à la première, et l’autre moitié à la seconde », ordonna-t-il ! L’une des deux femmes préféra renoncer à l’enfant plutôt que de le voir coupé en deux. Salomon venait de découvrir qui était la véritable mère, et il lui attribua l’enfant.

Le Livre Saint clôt finalement son volet onirique avec le prophète Daniel (Livre de Daniel, également dans les Écrits). L’intéressé fait, lui-même, une série de rêves, mais il se distingue surtout par la virtuosité de son interprétation prophétique des rêves de Nabuchodonosor (deuxième du nom, destructeur du Temple de Salomon), le puissant roi de Babylone. Et à l’instar de Joseph, ce don pour l’oniromancie le conduira à occuper les plus hautes fonctions. Le premier rêve de Nabuchodonosor (Livre de Daniel, de 2/1,3 à 2/31. 35) — qui est aussi le plus connu — est celui du géant aux pieds d’argile : « Une formidable statue se dresse devant le roi. Chaque partie de ce corps colossal est composée d’un métal différent : or pour la tête, argent pour la poitrine et les bras, airain pour le ventre et les cuisses, fer pour les jambes. Seuls les pieds font exception : ils sont composés pour une part de métal, et pour une autre d’argile. Soudain, une pierre tombée de la montagne vient frapper les pieds du géant, et les broie. Dans la foulée, se désagrègent successivement l’or, l’argent, l’airain et le fer… et c’est bientôt toute la statue qui finit en bouillie ! Alors, la pierre ayant causé cette effroyable destruction se transforme en une immense montagne, qui, bientôt, remplit toute la Terre ». Sur base de ce récit édifiant, Daniel prophétise des événements qui se dérouleront sur plusieurs siècles : naissance, apogée, déclin puis disparition de quatre empires successifs — Babylone, Perse, Grèce et Rome… puis un cinquième empire fera son apparition, qui sera éternel et amènera le messie (notez la similitude avec l’interprétation midrashique du rêve de l’échelle évoquée le mois passé). Dans un autre songe de l’illustre roi (rêve de l’arbre, Livre de Daniel, de 4/1,3 à 4/16), un arbre gigantesque protège et nourrit hommes et animaux. Mais un ange ordonne son abattage, tout en recommandant d’en préserver la souche. L’interprétation de Daniel est la suivante : cet arbre n’est autre que… le roi, lui-même ! S’il veut survivre, il doit reconnaître Yahvé (Jéhovah), le dieu unique, la lumière qui ne parvient plus à filtrer suffisamment, tant l’arbre babylonien a pris de l’ampleur, tant l’empire de Babel est devenu puissant. Et un simple élagage ne suffit pas : c’est l’arbre tout entier qu’il faudra couper… tout en protégeant la souche, afin qu’elle puisse donner naissance à un nouveau tronc. Nabuchodonosor tient compte de l’avertissement et reconnaît l’Éternel comme dieu unique.


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