Chronique de mars 2020 Avec tact et doigté (Une publication de 1899, datée de 1900, partie 3)

Le mois passé nous avons vu que, selon Freud, la mission du rêve est de permettre au dormeur de rester endormi, et que cette mission est accomplie au moyen d’une « hallucination ».


À la question « Quoi ? »¹, Freud répond donc : « le produit d’une satisfaction hallucinatoire d’un désir ». Et à la question « Pour quoi (faire) ? »¹, il répond : « jouer le rôle de gardien du sommeil², permettre au dormeur de faire l’économie de l’éveil »³.

Lorsqu’il parvient à offrir une satisfaction aux désirs interdits, le rêve prend, alors, valeur de « formation de compromis » : il est le résultat d’une négociation entre la poussée de l’Inconscient (lequel fournit le « contenu latent » du songe : les désirs refoulés, subitement réactivés par le sommeil) et la censure intérieure (procédant des Instances idéales, « Surmoi », à l’avant-poste, la loi introjectée [faite sienne]). Négociation qui aboutit, finalement, à la production du « contenu manifeste » du rêve : un scénario dont l’argument de base est suffisamment travesti que pour recevoir l’approbation de la censure… et être ainsi autorisé à être remémoré, voire raconté. Ce travestissement de l’argument latent est baptisé « travail du rêve » ?.

Avec tact et doigté, cette mission diplomatique est menée à bien par le Moi — instance responsable de la bonne gouvernance des affaires mentales —, aidé en cela par les défenses inconscientes (du Moi), « processus primaires », en tête.


¹Le « Quoi ? » (ainsi que le « Comment ? », qui lui est associé) et le « Pour quoi (faire) ? » sont les deux principales questions auxquelles la science tente d’apporter des réponses… le « Pourquoi ? » restant, à jamais, la chasse gardée des philosophies, et des religions.

²« Le rêve est le gardien du sommeil et non son ennemi. », Traumdeutung.

³Le cauchemar est, par conséquent, un rêve dont la mission a échoué, une tentative avortée de satisfaction hallucinatoire des désirs, un effort mental louable, mais qui se solde, finalement, par un éveil.

 ?Au cours des quatre décennies qui suivront, Freud n’aura de cesse de démontrer que c’est exactement le même processus qui est à l’œuvre dans ce qu’il appellera la « psychopathologie de la vie quotidienne » (lapsus, actes manqués, méprises, etc.), ainsi que dans la psychopathologie, tout court (celle à laquelle il dédia sa pratique quotidienne, soit les « psychonévroses » : hystérie, névrose obsessionnelle, phobies, paranoïa, schizophrénie, etc.) Dans Complément métapsychologique à la théorie du rêve (1915), il insiste, par exemple, sur le fait que le rêve est un prototype normal des affections psychopathologiques. Comme cela se produit dans la schizophrénie, le narcissisme du rêveur régresse jusqu’à son état primitif (« La personne qui joue le rôle principal dans les scènes oniriques s’avère toujours être la personne propre »). Une différence de taille, cependant : dans la schizophrénie, ce sont les mots (représentations d’idées) qui sont traités par les « processus primaires » (voir le mois prochain), alors que dans les rêves, ce sont les images (représentations de choses), auxquelles les mots ont été ramenés.


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