Chronique d’avril 2026 Des interventions non-patientisantes (Expulser le mauvais, partie 2)

Le dispositif des poupées-tracas, tout comme le capteur de rêves, gagne à être intégré à l’arsenal de la somnologie clinique, en particulier auprès des enfants.


En encourageant ces derniers, comme il est également préconisé pour le capteur de rêves, à fabriquer leurs propres poupées-tracas… idéalement avec du tissu en provenance du Guatemala !

Prescrire un capteur de rêve ou des poupées du Guatemala : voilà une intervention thérapeutique qui ne « pathologise » pas le problème de sommeil (la parasomnie), ni ne « patientise » l’enfant. Elle ne se substitue pas non plus à sa créativité : elle l’incite, au contraire, à libérer des ressources mentales lui permettant de mieux contenir sa vie affective. Et — là n’est pas la moindre de sa qualité — elle favorise, grâce à son aspect ludique, l’alliance thérapeutique.

Mais quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, certains mauvais rêves parviennent toujours, malgré tout, à blesser le sommeil de l’enfant.

Dans ce cas, il faut toujours veiller à sauver la face du gris-gris prescrit… crédibilité — et influence thérapeutique — obligent.

Si ce sont les poupées qui ont failli, c’est qu’elles se seront délestées, à leur tour, de leur fardeau, renvoyant les tracas à l’envoyeur, par-delà l’oreiller. Ce qui est évidemment inadmissible. Ce n’est pas pour cela qu’on les a achetées, encore moins fabriquées. Elles doivent remplir leur mission, un point c’est tout : c’est leur raison d’être. Que cela ne se reproduise plus, sans quoi il faudrait se résoudre à se passer de leurs services et à solliciter une autre famille de chiffon. À moins que — comme Billy¹ finit par en avoir l’astucieuse idée — l’on ne demande à de nouvelles poupées-tracas de décharger celles auxquelles l’enfant s’est désormais attaché, et pour lesquelles il se fait dorénavant… du tracas !

Si c’est le capteur qui a lamentablement échoué, c’est qu’il se sera assoupi au cours de sa tâche de surveillance ! Or, faut-il le rappeler, le capteur est un travailleur de nuit : il doit attendre que l’enfant se lève avant d’avoir le droit d’aller se coucher. Tant que son jeune propriétaire dort, il doit impérativement rester vigilant et suivre, avec attention — tel un aiguilleur du ciel dans sa tour de contrôle —, l’ensemble du trafic onirique. S’il ne se montre pas plus consciencieux à l’avenir, il sera purement et simplement congédié. Aucune discussion possible, tolérance zéro ! Par les temps qui courent, il existe suffisamment de capteurs compétents en quête d’un job pour qu’on n’ait pas à tolérer un tel je-m’en-foutisme. S’il souhaite conserver son poste — et un enfant de cette qualité, ça ne se trouve pas sous n’importe quel drap —, le capteur a tout intérêt à faire preuve d’un peu plus de conscience professionnelle...

Pour l’anecdote, le rayon de ma bibliothèque consacré aux objets ethnologiques liés au sommeil peut déjà s’enorgueillir d’une belle petite collection de lots de poupées du Guatemala... pour la plupart achetées à Leiden, aux Pays-Bas.


¹En Europe, les poupées-tracas ont gagné en popularité grâce à Anthony Browne — le célèbre et formidable illustrateur pour enfants britannique —, via son album Billy se bile (L’École des loisirs, 2006, pour la version française).


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